J'ai fait un voeu pour cette année 2005
Voler l'argent de la vieille
... et qu'elle fasse une chute malheureuse dans l'escalier.
Car elle accumule sou par sou une fortune depuis trois quarts de siècle.
Il est temps que cet argent serve à quelquechose...
et qu'elle ne serve plus à rien !
Bonne année bonne santé à votre logeuse? :-)
Rédigé par: Oli | janvier 02, 2005 à 02:06 PM
- Le sort et la fortune -
L'aristocrate était marié à une sorcière.
Il était jeune, beau, galant. Elle était vieille, laide, méchante. C'était un mariage de raison : l'or avait présidé à leur hyménée. Une fortune pour tout dire.
Elle passait ses journées à maudire ses semblables, à cuisiner des recettes horribles dans son chaudron, à étriper des poulets. Lui, lisait des vers, rêvait dans les chemins, déflorait des pucelles.
L'épouse si joliment dotée valait bien quelque sacrifice, se disait le hobereau. Aussi le soir s'acquittait-il consciencieusement de son devoir conjugal, bien qu'il fermât les yeux pour ne point voir la grimace de l'amante qui lui tenait lieu de visage. Il l'aimait cependant beaucoup : durant l'acte il songeait aux tintements argentins des écus, ce qui lui donnait des ardeurs nouvelles. Des mots d'amour sortaient de sa bouche : il parlait pourcentages, taux d'intérêt, rentes...
La chambre nuptiale résonnait de chiffres tendrement soupirés. Dans le noir les rêves bancaires du hobereau conféraient beauté à l'épousée. Alors l'aristocrate rouvrait les yeux, les plongeait dans ceux de sa femme et y trouvait des diamants qu'il convertissait aussitôt en écus, mentalement.
Ainsi les jours du jeune homme furent heureux, lui qui porta le doux fardeau de l'or. Ceux de sa femme furent affreux : elle perdit un poumon lors d'une maladie héréditaire. Puis un cancer la rongea par le bas. Elle s'en sortit après d'atroces douleurs. N'importe ! Le sort lui fut autrement fatal : elle chuta d'un cheval lancé au galop, lui-même renversé par un bourgeois ivre qui traversait la route avec son gros âne. La tête de la rescapée du cancer cogna contre le coin d'une statue antique qui traînait sur le bord du trottoir. Son crâne ne résista pas au choc contre l'objet d'art.
Elle mourut après 33 jours d'agonie.
Raphaël Zacharie de Izarra
Rédigé par: Raphaël Zacharie de Izarra | février 24, 2005 à 09:04 PM
- Des pensées secrètes -
Marquis,
Hier dans le parc j'étais presque au paradis. Vous étiez là, beau, hautain, maniéré, couillu comme un cerf, cynique et tendre. Et moi, Demoiselle évanescente tout en dentelles et cheveux noués, folle et guindée, grave et frivole, ivre et digne, en secret je brûlais pour vous. Et je baisais le Ciel, baisais vos pieds, baisais votre perruque en fermant les yeux... Vous n'y voyiez que du feu, sot que vous étiez ! Et toutes ces femmes autour de vous qui caquetaient en robes de soie et décolletés ! Diable ! J'enrageais ! Ha ! Beau Marquis, comme j'aurais voulu être seule en votre compagnie dans le parc, élue entre toutes les peaux laiteuses...
Je rêvais de vos mains de pianiste sur mes vallons menus, de vos doigts baguées d'or fin sur mes bijoux frêles... Je rêvais de votre manche énorme secouant mondainement mes entrailles en émoi. Grossement couillu Marquis, vous me mettiez en pâmoison. Ha ! Quand verrai-je vos belles burettes rendre à mes profondeurs nobles les honneurs qu'elles méritent ? Je vous aime Marquis, vous aime, vous aime... D'un amour de Demoiselle, d'un amour de vierge parée de rubans de Chine, d'un amour de petite Marquise enfin.
Je vous revois près des glycines, dans la roseraie, regardant avec mélancolie les cygnes du parc glisser sur l'onde... Las ! Votre cour de femelles empressées m'était odieuse dans ce décor idéal ! J'étais la plus belle, la plus jeune, la plus précieuse, affectée à l'extrême jusque dans ma façon de porter l'ombrelle du bout des doigts, et vous Marquis vous ne sembliez avoir d'yeux que pour ces épaisses engrossées qui avaient de la chair à offrir mais point de finesse ! M'avez-vous vue Marquis ? Ma gorge est pareille à celle de la statue de la fontaine du parc. Ma cuisse a tout de la cuisse de biche. Voyez mon séant doux, joli, cher Marquis, voyez mon séant : il n'a pas d'égal chez vos oies grasses.
Marquis, dimanche prochain je vous reverrai au parc. Vous n'ignorez plus ma flamme, aussi promettez-moi de ne me plus faire injure. Vous chasserez du parc ces châtelaines empâtées. Quelle Demoiselle souffrirait une telle concurrence ? Je suis jeune, svelte, pleine d'esprit, c'est pourquoi à l'ombre des glycines, profitant des parfums subtils de la roseraie, jusqu'à ce que le cygne chante vous me remplirez et le con et le cul de tout le contenu de vos bonnes grosses couilles de cerf en rut.
Raphaël Zacharie de Izarra
Rédigé par: Raphaël Zacharie de Izarra | février 28, 2005 à 08:15 PM
Ce sont exactement les pensées de Raskolnikov dans Crime à châtiment!
Rédigé par: tkorla | septembre 24, 2006 à 06:59 PM